Pourquoi écrire ses partitions à la main ?

Imagine la scène...

Tu te lèves un matin, très tôt, plein d'enthousiasme pour composer une nouvelle œuvre.

Pour gagner du temps, tu ouvres ton logiciel d'édition de partitions préféré et tu commences à composer pour un instrument, puis pour un autre, pour un autre encore...

Comme ton logiciel est capable de te faire entendre les sonorités des instruments pour lesquels tu viens d'écrire, tu écoutes l'ensemble, ce qui te donne de nouvelles idées pour continuer à composer.

Mais tu t'aperçois que tu as commis certaines erreurs, alors tu effectues des manipulations pour les corriger.

Il y a même une partie que tu as copiée-collée sur une portée en écrasant ce que tu avais écrit.

Bon, tu cherches à annuler la dernière opération, mais tu t'embrouilles, parce que ton écran n'est pas assez grand, tu ne recopies pas les parties où il le faut, tu annules plusieurs fois l'opération, mais à un moment donné, tu es complètement perdu.

Tu décides alors de faire une pause et pour ne pas laisser ton ordinateur allumé pendant de trop longues minutes, tu quittes le logiciel, mais  tu as oublié d'enregistrer ton travail !

Tu es tellement habitué à ce que certains logiciels enregistrent tout en permanence, que tu as oublié que ton logiciel d'édition de partitions n'enregistre que les 10 dernières minutes de ton travail.

Fébrilement, tu rouvres le logiciel en espérant que tu vas pouvoir retrouver tes modifications récentes.

Mais malheureusement, ce que tu vois s'afficher à l'écran montre une partie des portées que tu as modifiées ou effacées et tu ne comprends plus rien à ce qui est écrit...

Il est vraiment temps que tu prennes une pause.

Et quand tu reprends l'écriture de ta composition, tu dois te replonger dedans.

Comme c'est un peu la pagaille, tu remets ton travail au lendemain et le lendemain, tu remets ton travail au lendemain...

Bref, tu m'as compris : il y a peut-être moyen d'améliorer ton processus de travail.

Sur cette page, je vais t'expliquer pourquoi je préfère commencer par composer un morceau en écrivant des partitions à la main, plutôt que d'utiliser directement un logiciel d'édition de partitions comme Finale, Sibelius ou Dorico.

Homme perplexe devant un logiciel d'édition de partitions

La douloureuse sensation d'être complètement perdu devant un logiciel d'édition de partitions. C'est du vécu...

Pourquoi écrire ses partitions à la main avant d’utiliser un logiciel ?

La tendance actuelle en 2025 est à la paresse : on voit de plus en plus d'articles et de vidéos au sujet d'outils qui utilisent l'intelligence artificielle pour qu'on ne se fatigue plus.

On a l'impression que la création, l'imagination et le travail intellectuel sont tellement pénibles, qu'il est préférable de confier cette tâche à des outils d'intelligence artificielle.

Il pourrait alors sembler has-been ou rétrograde d'écrire des partitions à la main, alors qu'il est de plus en plus facile et rapide d'écrire des partitions complètes sur des logiciels d'édition faits pour cela.

Dans un monde de plus en plus numérisé, l'écriture manuscrite des partitions apparaît comme une pratique d'un autre temps.

Pourtant, riche de mon expérience de plus de 40 ans de composition musicale, je vais te montrer pourquoi je te conseille de commencer à écrire tes partitions à la main avant de passer sur un logiciel d'édition de partitions.

À la fin de cet article, tu auras saisi les énormes avantages d'écrire à la main avant de recopier au propre à l'écran.

Je finirai cet article par une vidéo où je te fais part de mon expérience quant à l'utilisation des logiciels d'édition de partitions.

Car mon objectif ici n'est pas de refuser toute forme de technologie !

Simplement, je considère qu'utiliser directement un logiciel pour composer est une erreur.

Il ne s'agit pas d'une idéologie, mais du résultat d'une réflexion que j'ai menée pendant des années, à force d'écrire des compositions pour des instruments et des ensembles différents.

Compositeur paresseux

La tendance actuelle est à la paresse...

Un processus plus fluide, plus naturel

Liberté d'expression immédiate

Même si les logiciels d'édition sont de plus en plus performants, lorsque tu composes à l'écran, tu es forcément soumis à des contraintes techniques pour pouvoir inscrire ce que tu as en tête.

Bien souvent, il faut choisir le rythme, puis choisir la hauteur de la note ou l'inverse, mais il suffit que tu aies oublié un raccourci clavier ou que tu doives utiliser le clavier et la souris, pour avoir le temps de perdre tes idées.

Alors, si tu n'es pas très habitué à utiliser un logiciel d'édition de partitions, tu peux toujours enregistrer un air que tu as en tête, par exemple en le chantant ou en le jouant sur un instrument et ensuite, d'écouter l'enregistrement que tu viens d'effectuer en faisant des pauses, pour que tu aies le temps d'écrire les notes.

Tu vois bien que tout cela prend beaucoup de temps et interrompt le processus de création.

Bien souvent, quand on compose, on a des idées fulgurantes et il faut vite les noter !

Apprends à écrire ce que tu entends dans ta tête

Il faut d'abord que tu apprennes à faire le lien entre ce que tu imagines dans ta tête et l'écrit, que tu utilises un logiciel d'édition de partition ou que tu écrives à la main.

Si tu ne sais pas faire le lien avec ce que tu as en tête ou ce que tu viens de jouer, évidemment, tu seras bloqué.

Mais si tu es capable d'écrire ce que tu as en tête, comme tout simplement écrire un texte que tu viens d'inventer, le fait de l'écrire directement au crayon sur des portées vierges te fera gagner énormément de temps.

Et bientôt, toutes les mélodies que tu auras imaginées seront jouées par un véritable orchestre.

C'est beaucoup plus gratifiant, de tout faire toi-même et d'explorer des pistes différentes, que d'avoir recours à une intelligence artificielle qui fait tout pour toi.

Si tu ne fais pas cet effort, tu vas te retrouver dans la situation inconfortable d'un enfant qui a besoin qu'un adulte lui lise une histoire.

Plus tu feras de liens entre les musiques que tu entends et l'écriture musicale, plus tu vas comprendre ce que tu entends et cela va t'aider considérablement, lorsque tu voudras écrire tes propres compositions.

Le temps que tu vas passer à t'exercer sera finalement un gain de temps considérable et te donnera des capacités que ceux qui utilisent bêtement des logiciels d'intelligence artificielle sans réfléchir n'auront jamais.

Car la composition, ce n'est pas refaire ce qui a déjà été fait, mais inventer de nouvelles œuvres, originales et personnelles.

C'est pourquoi j'insiste sur le fait de savoir écrire tout ce qui te passe par la tête.

Car ce qui vient de toi ne doit pas être négligé : ce qui va faire toute la différence entre tes compositions et celles des autres, c'est que les tiennes vont refléter ta propre personnalité.

Homme d'une cinquantaine d'années devant un orchestre

Imagine un véritable orchestre jouer ce que tu as en tête...

Moins d'interruptions dans le processus créatif

Quand on écrit à la main, on n'est soumis à aucune contrainte technique.

Lorsque l'on utilise un logiciel d'édition de partitions, on doit sans cesse cliquer, sélectionner, ajuster...

Imagine que tu fasses tout simplement une faute de frappe ; tu dois écrire "sol la mi fa".

Tu te trompes, tu écris "sol la ré mi", parce que tu t'es emmêlé les pinceaux, en tapant sur les touches de ton clavier.

Alors, il faut revenir en arrière, sélectionner les notes, les remonter...

Tu as toujours des contraintes techniques.

C'est beaucoup plus facile avec un crayon, d'écrire les bonnes notes sur une portée et à moins que tu débutes vraiment la musique, tu ne vas pas te tromper lorsque tu dois les écrire.

Et même si tu te trompes, il est très facile de gommer rapidement et de récrire la note à la bonne hauteur.

Je ne dis pas qu'il ne soit pas rapide, sur certains logiciels, de modifier la hauteur des notes, mais plus tu as de contraintes techniques, plus tu interromps le processus créatif et plus tu risques de perdre tes idées.

Je ne sais pas si tu écris des chansons mais parfois, il me vient des textes, des vers ou des jeux de mots en tête.

Et dès que j'ai une idée, je me précipite sur un carnet pour noter à la main ce que j'ai en tête pour, surtout, ne rien oublier.

Parfois, je n'ai pas la possibilité d'écrire directement à la main.

Il m'arrive souvent d'avoir des idées, alors que je suis à vélo.

Je m'arrête brusquement, en me garant sur un trottoir et j'utilise une application où je peux dicter les mots à la voix.

Mais les applications, aussi performantes soient-elles - et j'utilise toujours les applications les plus performantes - ne comprennent pas bien ce que je dis et les mots qui sont écrits ne sont pas forcément exactement ce que j'avais pensé, car la langue française étant tellement riche, nous avons tellement d'homophones que, bien souvent, les logiciels de transcription commettent des fautes lorsqu'ils écrivent ce que nous venons de dire.

Et donc, il faut constamment corriger ce que l'on a obtenu.

Si je devais sortir mon téléphone et utiliser un logiciel d'édition de partitions pour écrire spontanément une idée qui vient de me traverser l'esprit alors que je roule à vélo, le temps que je fasse tout ça, mon idée aura totalement disparu.

Il est beaucoup plus facile de sortir rapidement un cahier où j'ai des portées vierges : j'écris en un éclair la musique que j'ai encore en tête.

Comme évidemment, je ne me balade pas avec un ordinateur portable, chaque fois que je fais une course à vélo, mais plutôt un téléphone qui me sert de GPS, si je dois l'utiliser pour ouvrir un logiciel d'édition de partitions, l'écran est tellement petit, que je risque d'écrire n'importe quoi.

À la main, tu as rarement ce problème.

compositeur à vélo

Promis, je suis moins distrait, lorsque je me déplace à vélo !


Une vision plus globale de la composition

Écrire sur un grand format

Ce que j'utilise maintenant, ce sont de grands cahiers qui dépassent le format A4.

Certains sont même presque au format A3.

Cela me permet d'avoir une vision plus claire et beaucoup plus générale de l'ensemble de ma partition, surtout lorsque j'écris pour des orchestres.

Le fait d'avoir des cahiers à 13 portées me permet de tout écrire sur la même page.

Parfois, j'écris 2, 3 ou 4 parties sur une même portée, mais j'ai toujours une bonne vision de tout ce que j'écris, en alignant bien les notes et les barres de mesure, afin de maîtriser tout ce que je compose.

Éviter d'avoir recours aux zooms

Je n'ai pas besoin, comme sur logiciel d'édition de partitions, de zoomer et de dézoomer constamment.

En voyant l'ensemble des parties sur une même page, je contrôle beaucoup plus facilement la cohérence entre les différentes voies et j'évite les erreurs de contrepoint.

Lorsque je compose directement à l'écran, il m'est beaucoup plus difficile d'avoir une vision globale de la partition.

Pourtant, j'utilise un écran qui fait plus de 30 pouces.

Le problème avec les zooms et les dézooms, c'est qu'il faut tout le temps jouer sur l'ascenseur horizontal, l'ascenseur vertical, les endroits de la partition où l'on veut zoomer ou dézoomer...

Tout cela demande énormément de contraintes techniques.

Ce n'est pas difficile à faire, mais ça me fait perdre énormément de temps.

Il est toujours difficile d'avoir une vision globale de la partition, sur un logiciel.

Pour éviter de se perdre dans la partition, on peut nommer les différentes sections par des lettres, mais quand plusieurs portées se superposent, il est fatigant, visuellement, de faire jouer l'ascenseur pour tout voir et de toute façon, comme il est très difficile de voir toute la page affichée à l'écran, la lecture de l'ensemble n'est pas aisée.

partition déformée

À force de zoomer et de dézoomer, on perd la cohérence de l'ensemble de l'œuvre que l'on est en train de composer.

Meilleure perception de l'écriture musicale

Commettre des erreurs, ça arrive à tout le monde.

Même à moi, évidemment.

Quand on compose, on crée de l'originalité.

Mais parfois, on va un peu trop loin dans le délire.

Quand j'écris pour plusieurs instruments, je commence par imaginer la texture que je souhaite pour la pièce musicale que je compose.

Autrefois, je pensais que tous les pupitres d'instruments jouaient des parties différentes.

En réalité, il y a beaucoup de partitions pour orchestre, dont certaines parties sont jouées par des instruments différents, à l'unisson ou à l'octave.

Cela permet, en jouant sur les timbres des instruments, de créer des sonorités qu'un seul instrument ne pourrait pas produire.

Et donc, certains passages sont joués par des instruments différents, dont les portées peuvent être éloignées les unes des autres.

Si je m'aperçois que je me suis trompé en écrivant une partie et que j'ai effectué un copié-collé sur les parties d'autres instruments, quand je modifie la partie originale, la modification ne se répercute pas sur les parties que j'ai collées.

Si je n'ai pas une vision globale de la partition et que je suis en train de travailler sur une partie zoomée, je risque d'oublier que je dois aussi corriger les parties que j'ai collées précédemment.

Comme j'ai beaucoup moins de manipulations à effectuer lorsque j'écris à la main, je n'oublie pas de corriger aussitôt les autres parties.

Un gain de temps et une meilleure compréhension des erreurs

Les allers-retours dans un logiciel

Nous en avons déjà un peu parlé, mais j'insiste sur ce point : il est beaucoup plus facile et beaucoup plus rapide d'avoir recours à une écriture manuscrite que de manipuler un logiciel, aussi performant soit-il.

Bien sûr, tu connais sûrement la commande Ctrl+Z sur Windows ou Command+Z sur Mac pour annuler la dernière opération et peut-être connais-tu aussi Ctrl+Y (ou Ctrl+Maj+Z) sur Windows ou Command+Y (ou Command+Maj+Z) sur Mac, pour rétablir ce que tu viens d'annuler par Ctrl+Z ou Command+Z.

Et tu pourrais te dire que, si jamais je gomme ce que je crois être une erreur et qu'en réalité, je n'aurais pas dû gommer, je risque d'oublier les idées que je viens d'effacer.

C'est tout à fait vrai, mais dans ce cas, ce que je fais, c'est qu'avant de gommer :

  • soit j'écris le nom des nouvelles notes, pour comparer les deux versions, sous les notes que je souhaite modifier,
  • soit j'écris carrément la nouvelle ligne musicale sur la portée d'un autre cahier, que j'utilise comme cahier de brouillon et de recherches, afin d'avoir les 2 versions sous les yeux.

Il m'arrive même parfois d'écrire plusieurs versions d'une même ligne mélodique, jusqu'à ce que je trouve celle qui me convient le mieux.

C'est un peu ce que faisait Georges Brassens avec l'écriture des paroles.

J'ai eu l'occasion de voir des feuillets sur lesquels il écrivait les paroles de certaines de ses chansons.

Comme il détestait les ratures, il recopiait sur un nouveau feuillet les paroles qu'il venait d'écrire, en changeant 1 ou 2 mots.

Ainsi, il pouvait voir, en étalant tous les feuillets, les différentes versions des paroles et il pouvait choisir celles qui lui convenait le mieux, voire combiner plusieurs feuillets pour obtenir les paroles finales.

Cela serait vraiment très ardu à faire avec un logiciel et de toute façon, sur la plupart des logiciels, le nombre d'annulations par Ctrl+Z ou Command+Z est limité.

Facilité de correction et d'adaptation

Il m'arrive parfois d'avancer dans ma composition de plusieurs dizaines de mesures et de me rendre compte que finalement, certains développements ne sont pas bons ou que je pars un peu trop loin dans les tonalités et les modes et il m'arrive parfois de supprimer carrément des sections complètes, parce que je trouve qu'elles ajoutent trop d'informations ou que ça part un peu trop dans tous les sens.

Dans ce cas, je rature tout simplement les pages que je souhaite supprimer.

Alors, bien sûr, il est aussi possible de faire cela sur un logiciel d'édition de partitions.

Mais ça suppose encore une fois plusieurs manipulations et il faut faire attention de ne pas effacer trop.

Ça paraît assez facile, d'effacer une section sur un logiciel d'édition de partitions, mais en cas de fausse manipulation - ça arrive plus souvent qu'on ne l'imagine - on s'aperçoit, après plusieurs minutes, que l'on a trop effacé.

Par exemple, j'écrivais une partition pour un orchestre qui devait jouer une composition de musique fantasy, un style que j'apprécie tout particulièrement.

J'avais écrit des variations du thème principal, mais comme j'étais parti un peu trop loin et que je trouvais qu'on perdait un peu trop l'ambiance suggérée par ce thème, j'ai décidé de supprimer les parties en trop.

Malheureusement, j'ai trop effacé, sans le faire exprès.

Écriture manuscrite d'une partition

Je te conseille vivement de toujours écrire à la main avant d'utiliser un logiciel d'édition de partitions.

Ensuite, j'ai poursuivi l'écriture de la partition à la main et j'ai recopié les sections terminées sur mon logiciel.

Et quand j'ai écouté l'ensemble, je me suis rendu compte que j'avais trop effacé un passage de mon morceau.

Heureusement que j'avais d'abord tout écrit à la main, car si j'avais composé directement à l'écran, il aurait été trop difficile de tout me rappeler !

Et si j'avais effectué des annulations pour retrouver les parties effacées par erreur, j'aurais perdu ce que je venais d'écrire...

Le pire de tout - et c'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai arrêté de composer directement à l'écran - c'est qu'un jour, j'ai fait une fausse manipulation en voulant effacer une section que je trouvais superflue ; une fois encore, j'ai trop effacé.

J'ai voulu revenir en arrière par Ctrl+Z, mais le logiciel a planté à ce moment-là !

J'ai dû redémarrer mon ordinateur et bien sûr, à la réouverture du logiciel, je n'ai jamais retrouvé ce que j'avais effacé en trop.

Immense déception et grande frustration !

Au moins, avec le crayon, le papier et la gomme, on ne rencontre jamais de plantage informatique et il est très facile de conserver tout ce que l'on a écrit.

Mémorisation plus efficace

Des amis chercheurs en neurosciences m'ont expliqué que les êtres humains mémorisent beaucoup plus quand ils mettent en jeu plusieurs sens.

Selon eux, écrire une partition à la main sollicite notre cerveau bien différemment de l'utilisation d'un logiciel.

En effet, écrire à la main stimule davantage la mémoire et l’apprentissage que l'écriture au clavier.

Les recherches montrent que l’implication de plusieurs sens dans l’écriture manuscrite – le toucher, le mouvement, la coordination – favorise une meilleure rétention des informations.

Écrire à la main active plus de zones du cerveau et crée des connexions plus riches entre les différentes dimensions du langage (visuelles, motrices & auditives).

Des études récentes montrent que les étudiants sont plus concentrés et mémorisent mieux lorsqu’ils prennent des notes à la main.

De plus, cette pratique renforce les circuits cérébraux associés à l’apprentissage, ce qui en fait un véritable entraînement cognitif, bénéfique à tout âge.

De la même façon, j'avais lu une étude il y a plusieurs années qui indiquait que pour retenir un cours, quel qu'il soit, si on se contente d'écouter, on ne retient finalement que 10% de ce qui a été dit.

Alors que si l'on écoute, que l'on comprend et que l'on recopie, avoir utilisé l'audition, la compréhension, le toucher et l'écriture fait que l'on retient 90% de ce qui a été dit.

Et franchement, ce n'est pas un gros effort, d'écrire.

Ça va même beaucoup plus vite que d'insérer des notes à l'aide d'un logiciel.

J'ai déjà fait plusieurs fois l'essai en me chronométrant et je t'assure qu'écrire à la main te fait gagner énormément de temps !

Écritue d'une partition à la main et mémorisation

L'écriture manuscrite est préférable, pour bien mémoriser ce que l'on vient d'inventer.

Les limites de l'écriture manuscrite

Bien que, jusqu'à présent, j'ai développé les énormes avantages de passer d'abord par l'écriture manuscrite, je ne suis pas un ayatollah de l'écrit, car je considère que l'écriture manuscrite a certaines limites et c'est ce que nous allons voir dans cette partie.

La sonorité des instruments

Une des grandes erreurs que je vois chez les débutants - ça a été aussi une de mes erreurs, au début - c'est écrire des partitions qui, visiblement sur le papier, vont très bien sonner et de choisir ensuite les instruments qui vont interpréter ces mélodies.

C'est le contraire, qu'il faut faire : d'abord imaginer pour quels instruments on aimerait composer & écrire les différentes parties en fonction du choix de ces instruments.

Pourquoi faut-il le faire dans cet ordre ?

Eh bien, parce que toutes les notes ne sont pas jouables par tous les instruments.

Si tu es crées pour un piano, tu as 88 notes à ta disposition et il y a fort à parier que tu ne risqueras pas d'écrire des notes qui ne seront pas jouables par cet instrument.

Mais si tu es crées pour une clarinette ou un violon, il faut bien se rendre compte que la tessiture de ces instruments ne couvre pas l'intégralité des notes du piano.

Et donc, si tu écris une partition pour piano et qu'ensuite, tu assignes un instrument de musique pour que la partition soit jouée, eh bien, tu vas te retrouver possiblement avec des notes injouables.

Certains logiciels te font quand même jouer des notes, même si elles ne sont pas jouables sur un instrument réel, mais les sonorités n'ont plus rien à voir avec celles des instruments.

Et donc, il faut commencer par choisir l'instrument.

Oui, mais une note ne sonne pas de la même façon, si elle est jouée par un piano, un violon alto ou une clarinette basse, par exemple.

Et donc, le fait d'entendre le son de ces instruments peut t'inspirer certaines mélodies.

Il y a aussi les techniques particulières, propres à un instrument spécifique.

Par exemple, il est beaucoup plus facile de jouer des motifs de 2 notes en triples-croches sur un violoncelle ou une contrebasse.

Et beaucoup plus difficile à jouer sur une flûte ou un piano.

Aussi, en fonction des techniques de ces instruments, tu vas trouver de nouvelles idées pour tes compositions beaucoup plus facilement.

Et surtout, tu ne risques pas d'écrire des notes ou des rythmes qui seront difficilement jouables - voire injouables - par ces instruments.

En fait, quand j'écris pour un instrument, j'imagine tout de suite sa sonorité.

Comment est-ce que j'arrive à entendre la sonorité d'un instrument lorsque j'écris une partition ?

Comment est-ce que je l'entends dans ma tête ?

Eh bien, parce que j'ai beaucoup travaillé à jouer sur un instrument ce que je venais d'écrire.

Et parce que j'ai beaucoup joué avant d'écrire.

A force de faire des liens, j'ai fini par acquérir la capacité d'écrire directement sur partition les mélodies qui me viennent en tête.

Cela dit, ce qui est vrai pour un seul instrument ne l'est pas tout à fait pour tout un groupe.

Effectivement, lorsque j'écris pour un orchestre complet, même si j'ai une idée assez précise de la texture que je vais obtenir, j'ai souvent besoin d'écouter ce que je viens d'écrire pour vérifier que l'ensemble des sonorités me plaît.

Alors qu'avant, j'écrivais toute la partition pour la recopier ensuite à l'écran, afin d'entendre la sonorité des instruments, quitte à corriger certaines parties le cas échéant, ce que je fais maintenant, c'est que, dès que j'ai écrit une section avec plusieurs instruments ou la partition d'un instrument solo qui est accompagné, je la recopie sur mon logiciel d'édition de partitions et j'écoute l'ensemble, pour vérifier que la sonorité correspond bien à ce que j'ai voulu obtenir.

Je commence toujours par l'écriture manuscrite, mais je n'attends pas d'avoir tout fini avant de faire jouer l'ensemble par mon ordinateur.

Un grand orchestre sous un orage

Je te conseille d'écouter ton œuvre au fur et à mesure de sa création en recopiant les sections que tu viens d'écrire sur un logiciel, pour apprécier la sonorité de l'ensemble.

Jouer la musique directement sur son instrument

Je trouve qu'il est beaucoup plus intéressant de commencer par l'écriture manuscrite que de jouer directement sur son instrument, car à moins d'être un virtuose sur chacun des instruments pour lesquels on compose, on est toujours limité par nos capacités à jouer de l'instrument pour lequel on écrit.

Le fait d'être bloqué par le manque de technique que l'on peut avoir sur certains instruments fait qu'on risque de limiter notre créativité.

Cela dit, lorsque je joue sur un bon instrument qui a une sonorité qui me plaît, cela me donne des idées.

Je n'ai jamais aussi bien joué du piano que lorsque j'ai joué sur des pianos à queue.

De la même façon, lorsque je joue une ligne de basse sur mon ukulélé-basse, je trouve des idées plus originales que lorsque je me contente d'écrire sans jouer de cet instrument.

Et donc, il est parfois intéressant de jouer une partie sur son instrument afin de trouver des idées, puis de les développer à l'écriture.

Alors, ce qui est pas mal avec la plupart des logiciels de partition, c'est que si on branche un clavier MIDI sur son ordinateur et que l'on en joue directement, on peut voir les notes s'afficher à l'écran comme par magie.

Oui, mais on ne se contente pas toujours de jouer du clavier.

Si tu joues du violon ou de la clarinette, comment fais-tu ?

Compositeur heureux au piano

Il est aussi possible de composer en jouant directement de son instrument favori.

Eh bien, il existe des logiciels - depuis très longtemps, maintenant - qui écrivent également à l'écran ce que tu joues sur un instrument, même s'il n'est pas relié en MIDI.

Mais le problème, c'est que, bien souvent, les parties écrites sont difficilement rejouables par des instrumentistes, parce que, quand on cherche des idées, on n'est pas toujours super bien calé rythmiquement.

Sur la pulsation, le placement rythmique n'est pas optimal et puis, on peut faire de petites erreurs, quand on joue sur son instrument.

C'est pour ça que ce que je préfère, quand même, même s'il m'arrive de temps en temps de faire des recherches sur mon instrument directement, c'est qu'une fois que j'ai trouvé une idée, je l'écris directement à la main et juste après, si je ressens le besoin de recopier à l'écran ce que je viens d'écrire, je le fais pour écouter comment ça sonne.

Écouter l'ensemble des instruments déjà écrits

Quand j'écris une chanson avec des amis, ce que nous faisons, c'est que dès que nous avons écrit le troisième couplet - admettons que nous avons déjà écrit 2 couplets - nous interprétons la chanson en nous accompagnant au piano, à la guitare ou au ukulélé, depuis le début.

Et bien souvent, ça nous donne des idées pour la suite.

De la même façon, il est toujours intéressant d'écouter l'ensemble de la composition pour les instruments pour lesquels on a déjà écrit, ce qui peut nous donner des idées d'amélioration.

Par exemple, hier, j'étais en train d'écouter la composition qu'un élève avait écrite pour piano, contrebasse & violoncelle et en écoutant l'ensemble, j'ai entendu - véritablement entendu - les lignes de chœur que l'on pourrait ajouter à certains endroits de la partition. 

Et donc, encore une fois, lorsque j'ai écrit une ébauche de partition et que je pense que l'ensemble est cohérent, je la recopie sur mon logiciel d'édition de partitions ou éventuellement, je joue directement les parties sur un clavier MIDI, auquel j'assigne les sons des instruments pour lesquels j'ai composé, ce qui me permet déjà d'écouter l'ensemble de ce que j'ai écrit ; cela me donne des idées pour ajouter d'autres instruments.

En réalité, je fais souvent la navette entre l'écriture manuscrite et le logiciel d'édition de partitions.

L’écriture manuscrite comme première étape, et non comme une finalité

Mise au propre et édition finale

Aujourd'hui, avec la puissance des logiciels d'édition de partitions, cela ne me viendrait pas à l'idée de présenter des partitions écrites à la main pour les faire jouer par des instrumentistes.

Une fois que je suis sûr que ma partition est correcte, qu'il n'y a plus aucune erreur et que ce que j'ai écrit correspond bien à ce que j'avais en tête, je recopie tout au propre sur un logiciel d'édition de partitions, ce qui me permet ensuite d'imprimer la partition et d'avoir un rendu très professionnel.

Je me rappelle avoir participé à une session d'enregistrement de compositions.

L'orchestre avait été loué pour jouer des pièces de plusieurs compositeurs.

Chacun avait apporté des partitions manuscrites.

Certains musiciens avaient vraiment du mal à déchiffrer ce que les compositeurs avaient écrit.

Quand je suis arrivé avec mes partitions écrites de manière professionnelle avec les normes de l'écriture d'une partition, j'ai entendu un grand soupir de soulagement.

L'un d'eux s'est même écrié : "Enfin de vraies partitions !"

C'est vraiment un gage de professionnalisme, d'être capable de présenter des partitions écrites au propre.

On ne verrait pas un écrivain faire éditer son propre manuscrit !

Profite des avantages des 2 méthodes

Comme on l'a vu précédemment, il n'était pas question pour moi d'opposer systématiquement l'écriture manuscrite au fait d'utiliser un logiciel d'édition de partitions : les 2 processus ont leurs avantages et leurs inconvénients.

Maintenant, l'idée est de profiter des avantages de ces 2 méthodes.

Le plus gros avantage que je vois, à part la mise au propre, lorsque j'utilise un logiciel d'édition de partitions, c'est bien évidemment de pouvoir entendre les sonorités, comme nous l'avons vu précédemment.

A toi de trouver le bon processus de création !

Je t'ai expliqué comment je procédais pour composer un morceau - pour orchestre, notamment - et comment je passe de l'écriture manuscrite au logiciel d'édition de partitions.

J'ajoute que, lorsque je dois corriger quelque chose, parce qu'à l'écoute, je me suis aperçu que l'ensemble ne me convenait pas, je commence par corriger ce que j'ai écrit à la main, avant de recopier les modifications à l'aide du logiciel.

A toi, en fonction de tes essais, de trouver le meilleur processus de création musicale qui te permet de :

  • ne jamais perdre tes idées
  • pouvoir les mettre en forme
  • gagner du temps

Les meilleurs logiciels d'édition de partitions

Je ne voulais pas finir cet article, sans te parler des meilleurs logiciels d'édition de partitions.

Pour cela, j'ai publié une vidéo où je te parle de mon expérience de leur utilisation et des logiciels que je te recommande :

Quel est ton choix ?

Au regard de tout ce que je ai développé dans cet article, est-ce que tu te sens prêt à écrire tes partitions sous forme manuscrite avant d'utiliser un logiciel ?

Est-ce que tu comprends qu'écrire des partitions à la main est finalement un gain de temps considérable ?

Est-ce que tu as conscience que tu vas gagner en clarté, si tu écris tes partitions pour orchestre sur un grand cahier, plutôt que te lancer tout d'abord dans l'utilisation d'un logiciel ?

Alors, la prochaine fois que tu t'apprêtes à composer ou à arranger une œuvre musicale, pourquoi ne pas prendre un crayon et du papier à musique ?

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